Histoire du Séminaire

Histoire du Séminaire

Grâce à Dieu et à la générosité de nos bienfaiteurs, nous avons pu acheter une maison à Morannes-sur-Sarthe, bourgade du Maine et Loire proche de la Sarthe. Outre la situation et les dimensions du bien, c’est la présence d’une chapelle incorporée au bâtiment qui nous a fait désirer y installer le Séminaire Saint Louis Marie Grignion de Montfort. Mais ce ne fut pas le seul motif. Après nous être documentés, nous nous sommes rendus compte que cette maison avait un passé chrétien digne d’éloges et nous avons souhaité renouer avec ce passé religieux. Pourquoi ? 

Depuis son origine, l’Eglise est vouée au Christ. Elle doit pour cela maintenir inchangées les vérités à croire, les sacrements à recevoir, les commandements à pratiquer. Tout doit concourir à la Gloire de Dieu et au Salut des âmes, et cela va d’autant mieux si l’on s’applique à suivre dans cette voie ceux qui nous ont précédés. Or, il se trouve que cette maison, il n’y a pas si longtemps, était encore une maison religieuse au passé discret, peut-être, mais fort édifiant. Pour en résumer l’histoire, nous avons eu recours à un document paru dans les Archives Médicales d’Angers, sous la plume du Docteur Picard, en 1902. Notre adresse est du reste : 8 rue du Docteur Picard.

Terre chrétienne, Morannes est une dotation des rois de France à l’évêché d’Angers, confirmée par Charles le Chauve en 845. Le dictionnaire historique du Maine et Loire nous apprend que, dès le 13ème siècle, il existait à Morannes une léproserie. Et, au 15ème siècle une aumônerie « avec chapelle, hôtel et jardin entre la Rivière [la Sarthe] et l’église. Nous retrouvons déjà la configuration des bâtiments actuels. 

L’aumônerie se transforme au 17ème siècle en hôpital. Par la volonté de Louis XIV, « le Roi a ordonné et ordonne qu’il sera établi un hôpital de pauvres malades à Morannes, auquel Sa Majesté a joint, réuni et incorporé les biens et revenus de l’aumônerie Saint Jullien dudit Morannes »

Quand on parle d’aumônerie, il faut savoir qu’il s’agit à l’époque d’une charge ecclésiastique destinée à l’assistance des pauvres ; et quand on écrit « hôpital », il ne faut pas s’imaginer un édifice semblable à ceux d’aujourd’hui. Le 19 décembre 1723 est en effet établi, par devant Pierre Bouchard, notaire royal à Chemiré-sur-Sarthe que le fonds de l’hôpital de Morannes consiste « en une maison où sont les malades gouvernés par les filles Marie Ester Debiard, demoiselle Margueritte Coignard et Renée Neau et autres bonnes personnes qui s’en donnent les soins et peines sans en retirer aucun salaire ny nourriture  (…) qu’il y a six lits, meubles et ustensile pour l’utilité des malades … » 

Un passage de l’écrit du Docteur Picard est particulièrement intéressant. « A la date du 9 août 1723, une ordonnance rendue par Charles Baudry, Lieutenant général de la Sénéchaussée d’Anjou, mande « aux principaux habitants de la paroisse  de s’assembler à la manière accoutumée, à l’issue de la grande messe paroissiale, pour donner leur consentement au subject du dit établissement ou y dire autrement ce qu’ils adviseront … et rapporter un état du revenu par lequel ils prétendent faire subsister le dit hôpital ». 

Mieux qu’une procédure démocratique, ce mode de fonctionnement de l’Ancien Régime ne se contentait pas de demander l’opinion des habitants, sans plus ; il les appelait à participer directement à la subsistance les institutions religieuses. 

A l’époque, si l’hôpital est en vie, c’est parce qu’il est très proche des habitants qui veulent garder leur hôpital au prix de grands dévouements et d’une grande charité. Ainsi, demoiselle Catherine de Champagné se signale comme bienfaitrice en 1749, par le don de différents immeubles dont la Closerie de la Vieille Jaltière (une closerie est une propriété agricole de 10 à 15 hectares ; le nom de closerie vient de l’obligation qui était faite à l’époque d’entourer la propriété de clôtures vives (haies d’arbres ou vanneries). Renée Catherine Champagné décèdera à l’âge de 42 ans en 1751. 

Il faut aussi nommer Renée-Barbe Dupont qui fut longtemps première Supérieure de l’hôpital. « Après avoir consacré au service des pauvres toutes ses forces et toute sa fortune », elle rendit sa belle âme à Dieu en 1767, à l’âge de 78 ans. Elle appartenait vraisemblablement aux Sœurs de la Charité de Sainte Marie d’Angers fondées en 1679. 

L’hôpital de Morannes continue d’exister pendant la période révolutionnaire. A preuve : les archives de l’an XII qui mentionnent « le citoyen Merlin, officié de santé ; puis en 1808, M. Bouffard, docteur médecin ». Surtout vers l’an V de la république, la vocation de la maison fut de recueillir des enfants abandonnés. La circonscription de l’hôpital s’étendait alors jusqu’aux cantons de Tiercé et de Châteauneuf. Le secrétaire de l’hospice recevait du Ministère de l’intérieur des sommes qu’il distribuait aux nourrices chargées des enfants. On ne comprend que très imparfaitement la chrétienté des siècles passé si l’on fait abstraction du courage, de la fidélité et de la charité qui animaient les populations d’autrefois. 

Faisons un saut dans le temps. Le 15 novembre 1810, une autorisation de Napoléon 1er indique que les Sœurs de la Charité de Ste Marie d’Angers, sont chargées officiellement de s’occuper d’un certain nombre d’hôpitaux, dont celui de Morannes. Elles se consacraient au service des malades ainsi qu’au service corporel et spirituel des pauvres. Or, l’hôpital dépendait de l’Evêque d’Angers. 

Après Napoléon 1er l’établissement a besoin de réparations. La Chapelle est trop vétuste et il est décidé de la reconstruire. La bénédiction de la première pierre de la nouvelle chapelle (celle qu’on peut admirer encore aujourd’hui) a lieu le 22 mai 1870. Mais la guerre fait rage. L’établissement, encore en travaux, ne peut mettre à disposition de la Société Internationale de Secours aux blessés que huit lits. Malgré tout, les travaux se termineront en 1872. La bénédiction de la chapelle aura lieu le 19 novembre de la même année. 

Pour l’instant nous ne disposons pas d’éléments nous permettant de suivre plus près de nous l’histoire de cette maison de Morannes. Mais c’est assez pour nous rendre compte de son passé chrétien fait de dévouement et de don de soi à l’œuvre de la Rédemption. Un bel exemple pour les prêtres, les séminaristes, les sœurs et les fidèles qui prêtent main forte à cette belle œuvre de conservation des vérités de la Foi, dans la tradition des siècles chrétiens.